Prise en charge diagnostique et thérapeutique des rhinosinusites chroniques du chat
Résumé de la conférence du 23 septembre 2026 présentée par le DMV BERNARDIN Fanny
1. Qu’est-ce que la rhinosinusite chronique féline ?
La rhinosinusite chronique (RSC) féline est une affection inflammatoire des cavités nasales et des sinus frontaux, caractérisée par des signes cliniques intermittents ou permanents évoluant depuis au moins quatre semaines.
Elle représente environ 35 % des cas de rhinite féline et constitue la deuxième cause de jetage nasal chronique chez le chat, après les affections tumorales.

2. Quelles sont les causes de la rhinosinusite chronique chez le chat ?
L’étiopathogénie de cette affection reste imparfaitement comprise.
Historiquement, l’herpèsvirus félin de type 1 (FHV-1) était considéré comme un facteur majeur, responsable de lésions de la muqueuse nasale et d’une destruction progressive des cornets nasaux, favorisant les surinfections bactériennes.
Cependant, les études utilisant la PCR sur biopsies nasales n’ont pas montré de différence significative dans la détection du FHV-1 entre les chats atteints de rhinosinusite chronique et les chats sains.
D’autres mécanismes sont suspectés, notamment des anomalies structurelles congénitales ou acquises, des dysfonctionnements immunitaires locaux ou généraux et des infections bactériennes secondaires.
Ces dernières sont rapportées dans 69 à 90 % des cas, mais leur rôle exact dans la persistance de l’inflammation reste discuté.
3. Quels sont les symptômes de la rhinosinusite chronique féline ?
Les manifestations cliniques sont dominées par un jetage nasal chronique, uni- ou bilatéral, de nature séreuse, muqueuse ou mucopurulente.
Des éternuements, des éternuements inversés et des bruits respiratoires anormaux, notamment un stertor inspiratoire, peuvent également être observés.
Contrairement aux affections tumorales évoluées, les déformations faciales, l’exophtalmie, les anomalies de rétropulsion des globes oculaires et les signes neurologiques centraux sont généralement absents.
4. Comment diagnostiquer une rhinosinusite chronique chez le chat ?
Le diagnostic repose avant tout sur l’exclusion des autres causes d’atteinte nasale chronique.
Les principaux diagnostics différentiels comprennent les tumeurs nasales, les polypes nasopharyngés, les corps étrangers, les infections fongiques, notamment la cryptococcose et l’aspergillose, les affections dentaires avec fistule oronasale, les sténoses nasopharyngées et certaines anomalies congénitales.
La démarche diagnostique doit être adaptée à la présentation clinique. Lors d’une atteinte aiguë avec une forte suspicion de corps étranger, une rhinoscopie peut être envisagée en première intention. En revanche, lors d’une atteinte chronique, notamment bilatérale, ou en présence d’une déformation faciale, un examen tomodensitométrique est recommandé.
Le scanner : un examen clé pour explorer les cavités nasales
Le scanner constitue un examen particulièrement intéressant pour l’exploration des cavités nasales et des sinus. Il permet d’évaluer les structures osseuses, les cornets nasaux, le septum nasal, les sinus frontaux et les bulles tympaniques.
Lors de rhinosinusite chronique, les principales anomalies observées sont une destruction des cornets nasaux et une opacification tissulaire des cavités nasales ou des sinus. Une atteinte des bulles tympaniques peut également être identifiée.
Le scanner permet par ailleurs de rechercher des lésions évocatrices d’une autre affection, notamment tumorale.
La rhinoscopie : visualiser directement les cavités nasales
La rhinoscopie complète l’exploration en permettant une visualisation directe de la muqueuse nasale, la recherche de corps étrangers ou de plaques fongiques et la réalisation de biopsies ciblées.
Cependant, sa sensibilité est limitée lors de rhinosinusite chronique. Les anomalies observées sont souvent peu spécifiques, avec une hyperhémie, une irrégularité de la muqueuse, des sécrétions nasales et parfois une destruction des cornets nasaux.
Les biopsies nasales et l’examen histopathologique
L’examen histopathologique des biopsies nasales constitue la méthode diagnostique de référence. Il permet principalement d’exclure une affection tumorale ou fongique et de caractériser la nature de l’inflammation. Celle-ci est le plus souvent neutrophilique, plus rarement lymphoplasmocytaire ou éosinophilique. Dans certaines situations, le recours à l’immunohistochimie ou à des analyses moléculaires complémentaires, notamment le PARR, peut être nécessaire pour différencier une inflammation chronique d’un processus lymphomateux.
L’intérêt des prélèvements nasaux superficiels est limité. La cytologie nasale présente une faible corrélation avec les résultats histopathologiques et les cavités nasales hébergent naturellement une flore bactérienne variée.
Les rhinites bactériennes primaires sont extrêmement rares chez le chat.
Une culture bactérienne, idéalement réalisée à partir de biopsies ou d’un lavage nasal profond, peut néanmoins être intéressante avant l’instauration d’une antibiothérapie prolongée.
Les recherches infectieuses complémentaires, notamment FIV, FeLV et agents fongiques, doivent être raisonnées selon le contexte clinique.
5. Quels traitements pour la rhinosinusite chronique féline ?
La prise en charge thérapeutique représente la principale difficulté de cette affection.
En effet, aucun traitement curatif n’est actuellement reconnu pour les rhinosinusites chroniques idiopathiques félines.
Les objectifs sont essentiellement de contrôler les manifestations cliniques, d’améliorer le confort respiratoire et de tenter de limiter la progression des lésions.
Les traitements symptomatiques pour améliorer le confort du chat
Les mesures symptomatiques occupent une place importante.
L’humidification des voies respiratoires, notamment par nébulisation de sérum physiologique pendant environ 15 minutes toutes les 8 à 12 heures, peut favoriser la fluidification et l’élimination des sécrétions nasales.
L’obstruction des ostia sinusaux peut entraîner une accumulation de sécrétions dans les sinus, responsable d’une douleur parfois importante.
La prise en charge du confort et de la douleur doit donc être une priorité.
Les traitements médicamenteux envisageables
Plusieurs traitements médicamenteux peuvent être envisagés, mais leur efficacité reste insuffisamment documentée :
- Les antibiotiques : ils peuvent être utiles lors de surinfections bactériennes secondaires. L’amoxicilline-acide clavulanique, la doxycycline ou la clindamycine font partie des molécules utilisées selon les résultats bactériologiques et le contexte clinique. Des durées de traitement de 6 à 8 semaines sont parfois proposées, sans preuve solide permettant de définir une durée optimale.
- Les antiviraux : le famciclovir peut être envisagé lorsqu’une réactivation du FHV-1 est suspectée. Cependant, son efficacité spécifique dans les rhinosinusites chroniques reste peu documentée. L’interféron et la lysine ne disposent pas de preuves convaincantes d’efficacité dans cette indication.
- Les antihistaminiques : ils pourraient présenter un intérêt dans certaines formes à composante éosinophilique ou lymphoplasmocytaire. Leur utilisation reste empirique et leurs effets indésirables, notamment la somnolence et l’assèchement des sécrétions, doivent être pris en compte.
- Les corticoïdes : leurs propriétés anti-inflammatoires peuvent permettre de diminuer l’œdème muqueux et l’infiltration inflammatoire. Néanmoins, leur efficacité clinique n’est pas démontrée et leur utilisation nécessite de considérer le risque infectieux. Les corticoïdes inhalés, notamment la fluticasone, constituent une possibilité thérapeutique, mais les données scientifiques restent insuffisantes.
- Les anti-inflammatoires non stéroïdiens : ils peuvent contribuer au contrôle de la douleur sinusale, mais leur efficacité sur l’inflammation nasale chronique n’est pas établie. Leur utilisation doit rester prudente, particulièrement chez les chats anorexiques ou présentant une atteinte rénale.
6. La chirurgie : une option pour les cas les plus complexes
Une prise en charge chirurgicale peut être envisagée dans certaines situations particulières, notamment par turbinectomie ou trépanation des sinus frontaux.
Ces interventions restent réservées à des cas sélectionnés, notamment lors de lésions obstructives importantes ou de sinusites réfractaires aux traitements médicaux.
7. Conclusion : une prise en charge individualisée pour améliorer la qualité de vie
Pour conclure, la rhinosinusite chronique féline est une affection fréquente dont le diagnostic repose sur une démarche d’exclusion rigoureuse, associant idéalement scanner, rhinoscopie et examen histopathologique.
Si les moyens diagnostiques actuels permettent de caractériser les lésions et d’écarter les principales affections responsables de jetage chronique, la prise en charge thérapeutique demeure complexe.
En l’absence de traitement curatif démontré, la stratégie doit être individualisée, avec pour objectif principal l’amélioration durable du confort et de la qualité de vie du patient.
Bibliographie
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Cas clinique rédigé par le DMV BERNARDIN Fanny vétérinaire, spécialiste en médecine interne des animaux de compagnie diplômée du Collège européen ECVIM-CA internal medicine.
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